Si un jour j'aimais un homme, si je vivais avec lui, si je connaissais ce bonheur-là, et si, soudain, cet homme venait à disparaître : que ferais-je ? Aurais-je besoin, comme ma mère, d'effacer toutes les traces de notre amour, de ce que nous avons été l'un pour l'autre, de ce que nous avons vécu ? Ma mère a-t-elle effacé les traces de mon père parce qu'il avait aimé une autre femme ou parce qu'elle était morte ? A-t-elle pensé qu'en effaçant tout, il effaçait aussi la trahison ?
En pensant cela je ne peux m'empêcher de me demander : et moi, alors ? Qu'en faisait-elle ? Aurait-elle voulu que je m'efface à mon tour ? Et ne savait-elle pas qu'en effaçant mon père elle effaçait aussi une partie de moi ?
Ou bien a-t-elle tout effacé pour contenir la douleur, pour ne pas se laisser submerger par lui ? Pour oublier ? Ne pas penser, ne pas se souvenir, s'anesthésier. Se croire sans passé. Léger, léger.
A moins qu'elle n'ait cru que sur un terrain vierge, propre, déblayé, on pouvait recommencer une vie. Oui, peut-être a-t-elle eu cet espoir fou : pouvoir aimer à nouveau. Elle s'est trompé : il n'y a pas eu d'autre vie. Il y a simplement eu la sienne et la mienne, enchevêtrées, vacillantes, précipitées dans un tunnel dont nous n'avons jamais réussi à trouver la sortie. Moi, je voudrais m'échapper. Connaître la sensation de l'air sur mon corps. La vie en mouvement. La liberté.
Si un jour j'aimais un homme, s'il venait à disparaître, je sais bien que ma mémoire peu à peu nous trahirait, qu'elle effacerait des images, des instants, des paroles. Mais moi, je n'effacerai rien. Tant que les traces seront là, je viendrai les contempler. Je m'en émerveillerai.
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Online seit Donnerstag, 28. Mai, 2009 um 15:47
Geändert am Dienstag, 23. Juni, 2009 um 13:49